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Édito : autorités coutumières

Elles sont suffisamment connues dans notre pays, les autorités coutumières. A Bamako, il ne se passe pas de cérémonies funèbres sans qu’à la fin, on n’adresse de remerciements au chef du quartier et à l’imam : « Dougutigui ani Almami ». Hors de Bamako, ils ont plus de visibilité.

Avant la conquête coloniale, nous avons connu les « Djamanatigui », les « Kafotigui » et les « Doutigoutigui ». Ils étaient, dans la plupart des cas, animistes. Mais, tolérants, ils ont accepté, allant même jusqu’à la susciter, la collaboration avec les « marabouts ». Avec l’empire du Mali, la Charte du Kouroukanfouga enseigne : « Les morikanda lolu (les cinq classes de marabouts) sont nos maîtres  et nos éducateurs en islam. Tout le monde leur doit respect et  considération. ». Sonni Ali Ber eut une attitude ambivalente vis-à-vis du « clergé » musulman de Tombouctou, attitude faite, tantôt de répression, tantôt de considération et de largesses à son endroit. Son successeur, présenté par bon nombre d’historiens comme le candidat du parti musulman, leur a reconnu d’immenses pouvoirs.

Cependant, le contact avec les Français à partir de la seconde moitié du XIXè siècle, va contribuer  à ruiner le prestige des autorités coutumières.

En effet, pour asseoir et affermir sa propre autorité, le colonisateur a considérablement réduit le champ de leur responsabilité. Et cela, en deux temps. Il a d’abord combattu, assassiné ou contraint à l’exil ceux qui se sont opposés à sa mainmise sur notre patrie. Ensuite, le rapport de force lui ayant été  favorable, il a cherché à se concilier leurs enfants en créant l’Ecole des Otages devenue, par la suite, Ecole des Fils de Chefs. La fréquenteront, entre autres illustres pensionnaires,  un fils de Babemba Traoré et le fils d’El Hadj Bougouni Ba. Ne pouvant gérer à lui seul le vaste espace conquis, il en fit ses auxiliaires dans l’administration avant d’instituer, à côté de la chefferie de village, maintenue, la chefferie de canton et la chefferie de province, toutes placées sous une étroite surveillance.

Avec son accession au pouvoir durant la période dite de l’autonomie interne, l’US-RDA supprime les chefferies de province et de canton. Le village étant considéré comme la cellule de base de l’organisation administrative, la chefferie du village a été maintenue, mais placée sous contrôle : le chef de village est nommé par le pouvoir qui peut le destituer et un conseil de village est créé comme pour limiter ses prérogatives. L’amorce d’un nouvel équilibre venait de s’instituer entre tradition et modernisme. L’autorité politique de l’Etat et l’autorité morale des responsables coutumiers ont coexisté en parfaite harmonie des années 1960 aux années 1990, celle-là sollicitant celle-ci chaque fois que le besoin se fait sentir. Ainsi, l’imam Balla Kallé, le pasteur Kassoum Keïta et Mgr Luc Sangaré, sans sortir de leur sphère, ont apporté leur contribution de patriotes à la résolution de bon nombre de situations conflictuelles.

Avec  l’avènement de la « démocratie », la situation a changé. Certes, la Conférence Nationale de 1991, lors de l’adoption du texte de la Constitution de la IIIè République, a interdit la création des partis politiques à coloration religieuse. N’empêche, la religion a commencé à investir le champ politique bien que la laïcité soit constamment réaffirmée. L’effondrement de l’Etat en mars 2012, conséquence d’une gestion laxiste de la chose publique, a favorisé l’ascension des « religieux ». Ils ne sont pas responsables de la situation. Ce sont des politiques qui, pour accéder au pouvoir, les ont sollicités, multipliant visites nocturnes à des  heures tardives, largesses et libéralités.

Cependant, une réalité n’est pas à méconnaître : les autorités coutumières n’ont nullement besoin que l’on cherche à revaloriser leur statut en les impliquant dans la politique. Celle-ci est fondée, aujourd’hui, sur le multipartisme. Or, le multipartisme oppose quand l’autorité traditionnelle concilie : elle rappelle le symbolisme de  l’aiguille par opposition à celui du canif. S’engagerait-elle en politique qu’elle perdrait beaucoup de son aura. « La politique » a dit un homme d’Etat, « c’est la salade. Pour la faire, il faut se salir les mains. ». Une autorité coutumière ne saurait se salir les mains.

Le peuple malien nourrit un grand respect pour ses autorités coutumières. Le modernisme ne l’a pas coupé de ses racines. Des travers sont à déplorer, certes. Mais le spectacle qu’offre la sortie des lieux de culte les vendredis et dimanches prouve à suffisance notre respect du sacré et de ses représentants, les ministres du culte. Dans la plus grande discrétion, ceux-ci, comme les chefs coutumiers, contribuent à résoudre bon nombre de conflits que l’autorité politique ne pourrait régler.

S’en tenir au rôle consistant à se maintenir au-dessus de la mêlée pour mieux orienter, conseiller, constamment veiller sur le tissu social et, promptement, le recoudre quand il se déchire, vaut mieux qu’une descente dans l’arène politique avec la perte de crédibilité que cela ne manquerait pas de provoquer.

 

LA REDACTION

Édito autorités coutumières

 

Source: Le Sursaut

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