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Loin des politiques de spectacle, le pilier 5 du programme « ensemble restaurons l’espoir » est ambitieux !

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DEMBELE Khalid, Economiste Chercheur CRAPES ML.

 

Dans le programme « ensemble restaurons l’espoir », le pilier 5 « construire une économie performante et solidaire » s’inspire d’une vision stratégique d’industrialisation par approche intermédiaire Etat-Marché (un véritable partenariat public-privé). Il urge de nos jours, en plus du secteur primaire, de chercher une deuxième locomotive à la croissance économique malienne. Le PIB en terme déflaté (réel), a une moyenne de long terme qui tourne aujourd’hui autour de 5 p.c. tandis que le niveau de la pauvreté est de 49 p.c. (prévision), et 53.1 p.c. dans le milieu rural. Cela démontre que près de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté (proportion de la population malienne qui n’arrive pas à dépenser 177 000 FCFA nécessaire pour satisfaire leurs besoins de base). Ce produit intérieur brut est donc trop en deçà pour supporter l’expansion galopante de la fragilisation de nos couches sociales. L’objectif de croissance du candidat de la coalition ensemble restaurons l’espoir d’au moins 7 p.c. sur plusieurs années est pragmatique, et concorde avec les aspirations du peuple souverain du Mali. De ma compréhension, sans forfanterie aucune, voici ce qui ressort de ce cinquième pilier :

Construction d’une économie compétitive et créatrice d’emploi : industrialisation par approche du marché

Il est une évidence que nos entreprises aux niveaux national et international ne sont pas à la hauteur de la compétitivité espérée de nos jours, comme en témoin leurs improductivités. Une entreprise qui produit moins, investit peu, et in fine embauche peu. C’est parce qu’elles emploient moins que nous nous retrouvons aujourd’hui avec 25% des sortants de l’enseignement supérieur qui n’ont pas d’emploi, et un taux de sous-emploi de plus de 30%.

  • Stimuler le secteur privé :

La promotion du secteur privé, cette approche d’industrialisation par le modèle du marché (faire du secteur privé un moteur valide de croissance économique) est évidemment une solution sérieuse dans l’optique d’asseoir les bases d’un développement économique durable. Les mesures telles que la rationalisation de nos dépenses publiques avec la baisse du train de vie de l’Etat, afin de renforcer la capacité de financement des systèmes financiers (banque, institutions financières, systèmes financiers décentralisés) supposant des conditions d’emprunts avantageux ; création en partenariat avec le privé des banques publiques d’investissement ; la simplification de la structure de l’imposition avec des réformes de l’impôt sur les sociétés qui, aujourd’hui bloque de nombreuses entrepreneurs dans leurs initiatives entrepreneuriales, la réduction à 5 jours des délais des formalités administratives pour la création d’entreprise, qui est aujourd’hui d’au moins 09 jours, sont des mesures réalistes qui faciliteront la création d’entreprise et l’investissement privé.

Par ailleurs, la promotion de l’épargne privée par la création de produits financiers appropriés et l’adoption d’une fiscalité incitative de l’épargne qui devrait faciliter la mobilisation de ressources financières longues, dont celle des Maliens de l’étranger, par les établissements de crédit et leur permettre de contribuer davantage au financement des investissements, stimuleront les emprunts et donc toujours l’investissement privé.

  • Meilleure efficacité allocative au profit de l’efficience productive :

La restructuration de nos méthodes d’affectation du budget avec l’assainissement des filières agricoles, pour dégager des ressources à affecter à d’autres projets productifs permettra une meilleure efficacité allocative au profit de l’efficience productive. Le développement des articulations entre banques et services financiers décentralisés (mise en place avec l’appui des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) de lignes de refinancement des SFD auprès des banques, développement de co-financements banque-SFD et de gestion déléguée de petits crédits bancaires par les SFD) ; la réexamination des conditions de prêt des institutions de microfinance, en vue d’accroître leur solvabilité et leur appétit pour le risque permettront aux petites-moyennes-entreprises de lever des financements pour leurs différents projets.

  • Des politiques économiques sectorielles pleines de visions objectives :

Pour les politiques sectorielles d’accompagnement, du transport (route, chemin de fer, transports fluvial et aérien, 147,2 milliards de 2019 à 2023), en passant par l’énergie (source première de l’industrialisation, 160 milliards de 2019 à 2023), à la recherche scientifique au service de l’innovation dans les entreprises (pour mieux adapter nos formations aux besoins du marché de travail), les mesures énoncées que j’estime toutes réalistes, permettront d’assoir une économie stable, plus prévisible avec des conditions favorables pour faciliter l’initiative privée. La stimulation de cette initiative privée baissera le taux de chômage, et le pouvoir d’achat augmentera. Par une causalité bidirectionnelle, une hausse du pouvoir d’achat contribue au bien-être économique et donc, moins de crispations sociales, sources des grèves et insurrections populaires. S’en suit la stabilité sociétale, qui attire davantage les investisseurs étrangers.

Toute vie heureuse est travail. Un individu qui travaille possède la notion du temps, chose qui lui préserve des détresses psychologiques. Ce travail est fonction de la production, et la production, de l’investissement. La vision stratégique développée dans son programme pour favoriser l’investissement privé est à prendre au sérieux. C’est une source de développement économique.

  1. La valorisation des atouts de notre économie : approche d’industrialisation par modèle de l’Etat

Nous savons qu’aujourd’hui, dans la répartition sectorielle du PIB, le primaire participe à hauteur de 36.5 p.c. et 64 p.c. de la population vit dans les zones rurales. De surcroit, il y a une disponibilité importante de terres irrigables par gravitation et de bas-fonds inondables, d’abondantes ressources en eau de surface et en nappes phréatiques et une grande diversité des zones agro-écologiques.

  • Statut d’Etat-régulateur :

L’établissement d’un cadre législatif efficace est nécessaire, avec la sécurisation du foncier rural, à travers l’application effective de la loi sur le foncier rural. Cela augmentera la productivité par actif agricole par le biais de la mécanisation à travers un appui à l’extension de la culture attelée. Sa politique active des résultats de la recherche (modernisation de l’agriculture), et la relecture des missions des différents offices de développement agricole (Office du Niger, Office riz Ségou, Office riz Mopti, OHVN, Baguineda. etc.) pour mettre l’accent sur la complémentarité et les apports spécifiques, permettra de redynamiser et soutenir le secteur industriel.

Coté irrigation, sur les 2 millions d’hectare de terre apte à l’irrigation, seulement 18p.c aujourd’hui sont aménagées. Son objectif de réaliser un schéma d’aménagement et de gestion globale pour le Bassin du Bani et pour le Sankarani est à mon sens une excellente chose, c’est une mesure qui soutiendra l’agriculture. Pour le coton, réaliser la production biologique, avec l’ouverture de 10 usines additionnelles d’égrenage et de 4 usines de filature (1004 milliards de FCFA de 2019 à 2023) contribueront à mieux valoriser ce secteur.

Nos potentialités en terme d’élevage qui participe à hauteur de 11 p.c. du PIB, et 20 p.c. des exportation (40 milliards contribution actuelle), soit troisième après l’or et le coton dans l’exportation totale, fait de nous le deuxième pays le plus important dans ce domaine en Afrique de l’ouest après le Nigeria. Les mesures relatives aux ressources piscicoles et aquacoles, aux lacs, mares, étangs et fleuves sont précises et pointues. Elles favoriseront la construction d’une économie dynamique. De surcroit, la formation des pêcheurs à des technologies simples de conservation et de transformation pour capter un maximum de valeur ajoutée (94 milliards de 2019 à 2023) est une grande valeur ajoutée.

  • Statut d’Etat solidaire avec une meilleure répartition des ressources :

Pour ce qui est de l’insécurité alimentaire, aujourd’hui, près de 5 millions de maliens sont menacées de faim. La mesure de suivi permanent des 166 communes les plus vulnérables, et leur fournir une assistance d’urgence en cas de besoin pour les personnes et les animaux est en cohérence avec notre esprit de solidarité légendaire. De surcroit, l’établissement d’un stock national de sécurité alimentaire avec une double composante physique et financière qui permettra de faire réellement face aux catastrophes d’origine naturelle et humaine, est une mesure ambitieuse.

  • Statut d’Etat entrepreneur :

L’or est capital dans nos exportations (67,2p.c.) et représente 80% des ressources recouvrées au titre de l’impôt sur les sociétés. Les stratégies développées de ce point de vue comme la création d’un holding financier pour la gestion des participations de l’Etat dans les sociétés minières pour permettre l’optimisation des ressources et la mobilisation de financement sur les marchés de capitaux (cotation en bourse, etc.) est une nécessité.

Toujours dans l’esprit de renforcement de la méthode d’industrialisation par approche intermédiaire (Etat-Marché), l’aménagement à l’horizon 2022 de zones industrielles ordinaires et de zones économiques spéciales (ZES) dans certains grands centres économiques fera de l’Etat un moteur de plus dans l’industrialisation et donc de la croissance économique (31,1 milliard de 2019 à 2023). Pour la conquête du marché intérieur et extérieur, l’appui aux filières agro-alimentaires d’exportation (certification, soutien technique aux PME pour la transformation, etc.), d’un financement adapté pour les détaillants et les femmes opératrices économiques et la construction d’équipements marchands ne feront que solidifier davantage cette approche.

La soutenabilité du programme par notre économie est vérifiée :

Dans l’annexe, le coût estimé de tout le programme ressort à 7310,1 milliards de FCFA soit 82,4 % du PIB de 2017 (8868,4 milliards FCFA). Par comparaison avec les programmes d’accélération de la croissance et de transformation structurelle en cours dans les pays voisins du Mali, ce chiffre se compare favorablement à ceux de ces pays où les ratios programme/PIB sont beaucoup plus élevés (178% du PIB au Benin, 227% du PIB au Burkina Faso, 178% du PIB au Niger qui a été financé par les partenaires publics et privés, 185% du PIB 2013 au Togo, et 99% du PIB 2013 au Sénégal).

Son programme est réaliste, ce qui fait de lui un candidat à prendre au sérieux !

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DEMBELE Khalid,

Economiste Chercheur CRAPES ML.

Source: Le Pays

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