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Le front social en ébullition : La liste des mouvements de protestation s’allonge

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Au Mali, le vent de la contestation souffle de plus en plus fort. Le front social connait, en effet, une dynamique protestataire qui touche plusieurs secteurs d’activité. Des actions sont déjà menées par les magistrats, les médecins et les enseignants. D’autres secteurs importants sont sur le point de se joindre aux frondeurs.

Bras de fer entre l’Etat et les magistrats

La politique sociale du gouvernement est de plus en plus contestée. La justice malienne vit, depuis plusieurs mois, des secousses sociales qui ont perturbé le bon fonctionnement de ce secteur stratégique. En effet,  depuis le 25 juillet 2018, les deux syndicats de la magistrature au Mali (le Syndicat autonome de la magistrature (SAM) et le Syndicat libre de la magistrature (SYLIMA)) sont en grève illimitée sur toute l’étendue du territoire national.

Les revendications des magistrats maliens sont les suivantes : plus de sécurité dans les juridictions et pour le personnel et une revalorisation salariale. Malgré les missions de bons offices, le gouvernement malien et les magistrats n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente. Pire, le bras de fer entre les deux parties se durcit. Après la rétention de leur salaire du mois de septembre, les magistrats ont exigé ainsi que toute « la lumière soit faite autour des trois milliards et demi (3.500.000.000) FCFA évaporés curieusement dans la nature à l’hôtel des Finances à l’occasion du soit disant dédommagement d’un opérateur économique consécutivement à la crise au nord du pays.»

Encore hier, mardi 9 octobre, dans un communiqué, les magistrats ont dénoncé l’avis favorable émis par le président de la Cour suprême du Mali sur demande du Premier ministre relativement à l’illégalité de leur grève. Les syndicats des magistrats déplorent cette inféodation du premier responsable de la plus haute juridiction de la République au pouvoir politique. Les magistrats, dans leur communiqué, invitent le gouvernement malien « à un sérieux questionnement avant d’exposer inopportunément notre pays à une autre situation scabreuse pouvant contribuer à davantage corroder son image d’Etat démocratique.»

Les directions des finances bientôt paralysées ?

Les Directions de finances et des matériels de la primature et des ministères menacent d’observer une grève d’avertissement de 48 heures allant du lundi 15 octobre  au mardi 16 octobre 2018. En effet, la coordination des comités syndicaux de la Direction de l’administration et des finances (DAF), des directions de ressources humaines (DRH), des cellules de planification et de la statistique (CPS) et les directions des finances et du matériel (DFM) de la Primature et des départements ministériels exigent l’élargissement en intégralité des décrets N°2018-541/P-RM du 05 juillet 2018 et N°2018-0653/P-RM du 08 août 2018 à leur service respectif.

Contrairement à leurs collaborateurs directs (direction générale du budget, direction nationale de la planification du développement, la direction nationale du contrôle financier et le personnel des services du ministère de la Fonction publique), les DAF, DRH, CPS et DFM ne profitent pas des décrets N°2018-541/P-RM du 05 juillet 2018 et N°2018-0653/P-RM du 08 aout 2018. Par ces décrets, les premières se voient accorder des primes et indemnités allant de 5 000 à 200 000 F CFA selon les catégories et fonctions. Ce qui parait comme une injustice pour les dernières.

« La DGB et la DNCF assistent les DFM et les DAF dans l’élaboration et l’exécution du budget. Et ce sont ces derniers qui endossent tous les risques liés à l’exécution du budget. Quant à la DNPD, elle a la même mission que la CPS, et les DRH constituent les détachements du ministère du Travail et de la Fonction publique. Ce qui fait de nous des victimes d’une injustice du gouvernement », dénonce Issa Synayoko, le coordinateur des comités syndicaux de la DRH, des CPS et DFM de la Primature et des départements ministériels. Un retard dans le payement des salaires n’est pas à exclure si la grève est maintenue.

Les travailleurs de la vitrine du Mali pour attirer les investisseurs, en colère

Dans un préavis de grève déposé le 8 octobre 2018 auprès du ministre en charge du Travail et de la Fonction publique, le comité syndical de l’Agence pour la Promotion de l’Investissement au Mali (API-Mali) entend aller en grève de 72 heures le 22 octobre 2018. Cette grève pourrait reprendre pour une durée illimitée, à compter du 6 novembre 2018, s’il n’y a pas une solution définitive. Les travailleurs demandent, entre autres, le non déclassement du personnel dans le nouveau projet de grille des salaires, conformément aux dispositions de l’accord d’établissement en vigueur à l’API-Mali.

Ils veulent le respect du projet de grille des salaires déjà validé par le ministère (MPISP) représenté par son secrétaire général, le syndicat des travailleurs et la direction générale de l’API-Mali à la date du 2 juillet 2018. Les travailleurs demandent aussi la classification des « nouveaux recrus » dans leurs catégories conformément à la classification de l’accord d’établissement ; ils veulent l’octroi au personnel le bénéfice des avantages liés à chaque catégorie de la nouvelle grille des salaires ; la fixation des primes et indemnités des fonctionnaires dans le nouveau projet de la grille des salaires ; l’établissement d’un plan de carrière pour les travailleurs de l’agence.

Autres doléances, la mise en place du comité de gestion pour la bonne utilisation des ressources de l’agence, conformément aux dispositions de la LOI 90-110 régissant les EPA en République du Mali, du décret N 056427/P-RM du 26 septembre 2005 fixant l’organisation et les modalités de fonctionnement de l’API-Mali et l’accord d’établissement en vigueur depuis 2013. Enfin, le syndicat veut la réalisation d’une mission d’audit comptable et financier sur les ressources propres générées par API-Mali et les subventions pour la pérennisation des ressources de l’agence. « Ce point est une recommandation du Conseil d’administration du 28 avril 2018 », indique le préavis de grève.

La santé et l’éducation, aussi renouent avec les contestations

La santé et l’éducation nationale ne sont pas en reste de cette dynamique sociale. Hier mardi 9 octobre, les médecins du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) du Point G, l’une des grandes structures de santé du pays, ont manifesté leur mécontentement face au manque de moyens adéquats afin de soigner les malades. Lors d’un sit-in qui a paralysé l’hôpital, les médecins estiment vouloir « travailler pour un hôpital donnant des soins de qualité.» Autre lieu, mêmes revendications. La population de la ville de Kayes, organise une grande marche le samedi 13 octobre prochain « pour réclamer la dotation du plateau technique de l’hôpital régional Fousseyni Daou de Kayes d’un scanner, d’un appareil de dialyse et autres appareils nécessaires à son bon fonctionnement. »

Le Syndicat national de l’enseignement du supérieur de l’Institut Universitaire de Gestion(IUG)  dirigé par le secrétaire général Alassane Sidibé, a mis en exécution, hier mardi 9 octobre 2018,  la première tranche de sa série de grèves annoncées. Ladite cessation de travail est de 48 heures (9 et 10 octobre 2018). « Nous avons effectivement décrété la grève de 48 heures aujourd’hui. Elle a été suivie à 100% par nos militants. Nos discussions avec la commission de conciliation ont échoué, on ne s’est pas entendu, ça été un échec. On n’a donné une dérogation à la commission de régler le problème d’ici le 15 octobre. Si on ne s’entend pas, on déclenchera la grève de 72 à partir du 16 octobre », explique le Pr Alassane Sidibé.

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Madiassa Kaba Diakité

Source: Le Républicain

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