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Nigeria: deux « jeunes » outsiders en lice pour la présidentielle

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Lagos – Ils ont la cinquantaine, des profils de technocrates et de l’ambition à revendre: les candidatures des outsiders Kingsley Moghalu et Oby Ezekwesili pourraient pimenter la course à la présidentielle de 2019 au Nigeria.

Dans un pays où la politique est très bipolarisée, leurs partis respectifs, le Parti des jeunes progressistes (YPP) et le Parti du Congrès allié du Nigeria (ACPN), ne devraient pas représenter une menace lourde pour l’establishment au pouvoir.

D’ici le mois de février, tous les yeux seront tournés vers le président Muhammadu Buhari, qui brigue un second mandat, et son principal rival, l’ancien vice-président Atiku Abubakar.

Mais Moghalu et Ezekwesili espèrent capitaliser sur les frustrations d’une jeunesse marginalisée, bien que très nombreuse.

Lui fut numéro 2 de la Banque centrale du Nigeria et cadre à l’ONU, elle, est devenue une figure de la défense des victimes de Boko Haram après avoir été vice-présidente pour l’Afrique de la Banque mondiale.

Optimiste, Kingsley Moghalu compare déjà le scrutin à venir dans le pays le plus peuplé d’Afrique (180 millions d’habitants) avec l’histoire récente en France et aux États-Unis, deux pays qui ont vu la victoire de candidats inattendus.

« Ça s’est passé avec Trump, ça s’est passé avec Macron », affirme-t-il à l’AFP, en référence aux élections présidentielles de 2016 et 2017.

Ezekwesili, quant à elle, est devenue une figure du mouvement #BringBackOurGirls, créé en soutien aux plus de 200 lycéennes de Chibok, enlevées par Boko Haram en 2014.

– « Au service du peuple » –

Aucun d’eux n’appartient aux presque 60% de Nigérians aujourd’hui âgés de moins de 30 ans. Mais à 55 ans, ils font figure de jeunes prétendants au titre présidentiel.

A contrario, Buhari, du Congrès des progressistes (APC, au pouvoir), a 75 ans, tandis qu’Atiku, du Parti démocratique du peuple (PDP), en a 71. Tous deux étaient déjà présents sur la scène politique avant même le retour de la démocratie en 1999.

Cibler la jeunesse semble judicieux, alors que le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé de la planète en 2050 selon l’ONU, et que le taux de chômage des jeunes atteint des records.

Dans un contexte de pauvreté galopante et d’insécurité qui se propage dans le pays, Moghalu et Ezekwesili dénoncent l’échec des deux principaux partis à améliorer la vie de leurs compatriotes ces 20 dernières années.

Dans son discours de candidature, l’ancienne cadre de la Banque mondiale a fustigé les politiciens qui changent sans cesse de casquette politique, « cette classe dirigeante diabolique », estimant qu’il fallait remettre les citoyens au coeur des préoccupations.

Moghalu prône lui aussi des « politiques au service du peuple pour montrer le chemin, plutôt que des barons prenant des décisions depuis des pièces enfumées », qui ne servent que leurs propres intérêts.

– Innovation et éducation –

La politique nigériane est avant tout guidée par des personnalités influentes, sans grande divergence idéologique entre les partis.

Moghalu et Ezekwesili misent sur leurs décennies d’expérience comme technocrates dans le secteur public et dans le privé.

Tous deux se sont engagés à former un gouvernement plus représentatif en termes de genre, d’âge et de région, pour en finir avec les politiques identitaires et le copinage.

Ils font également de l’innovation un moyen de relancer l’économie convalescente du Nigeria, qui sort péniblement d’une grave récession due à la chute des prix mondiaux du pétrole.

Moghalu s’est engagé à créer un fonds de capital-risque de 2,4 milliards d’euros pour aider les jeunes entrepreneurs et les PME à développer et commercialiser leurs produits.

Ce faisant, il espère développer le secteur industriel à partir de la base plutôt que de devoir compter sur des investissements étrangers.

Ezekwesili, ancienne ministre de l’Education et cofondatrice de l’ONG Transparency International, veut promouvoir « le miracle des nouvelles technologies intelligentes et révolutionnaires (…) pour accélérer notre productivité et notre compétitivité ».

« Avec moi, l’éducation sera l’économie: l’éducation sera le pétrole de demain », a-t-elle ajouté.

La victoire de Buhari en 2015 était une première pour un candidat de l’opposition dans l’histoire du pays, qui n’avait jusqu’alors jamais connu d’alternance par les urnes.

« Les Nigérians commencent à prendre conscience de leur pouvoir démocratique », selon Moghalu. L’année prochaine pourrait être celle du « renouvellement générationnel ».

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Source: AFP

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