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Entre nous : Les Fama à l’heure de l’intégration des ex-rebelles

20 janvier 1961 – 20 janvier 2017 ! Il y a cinquante-six ans, le Président Modibo Kéïta ordonnait aux derniers soldats français d’évacuer les bases militaires. Officiellement, le 20 janvier est fêté comme la date de création de l’Armée malienne. Hélas, depuis 2012, la fête a un goût amer compte tenu de la situation qui prévaut dans notre pays. L’année 2016 qui vient de s’écouler a été triste pour les Forces armées de défense et de sécurité (Fama) qui n’ont cessé de compter leurs morts. Et le Mali était devenu une nation en deuil permanent même s’il y a une tendance générale à banaliser la disparition de nos braves soldats.

Ces actions malveillantes n’ont pas eu de raison sur la détermination des hommes engagés sur la ligne de front et la volonté des plus hautes autorités d’avancer dans la reconstruction d’une armée forte, en mesure d’accomplir ses missions régaliennes. Il faut de la patience, car on ne peut pas reconstruire une armée au bout de quatre ans. Il faut du temps pour que les Fama réoccupent leur rang dans le concert des grandes armées mondiales.

Il est difficile d’évoquer ce cinquante-sixième anniversaire de la naissance de l’armée malienne sans faire allusion au processus de paix et de réconciliation. Dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, les questions de défense et de sécurité occupent une place importante. Le document issu du processus d’Alger dessine les contours de l’architecture de la nouvelle armée nationale. Le Programme de Désarmement, de Démobilisation, de Réintégration et de Réinsertion (DDRR) cherche des financements. Ce programme concerne environ 10 000 combattants des groupes signataires de l’Accord. Parmi ces 10 000 combattants, certains seront intégrés au sein des Fama. D’autres qui avaient déserté, réintégreront les rangs. La commission d’intégration est présidée par le Général de Division, Gabriel Poudiougou, dernier chef d’Etat-major général des armées sous le Président Amadou Toumani Touré.

Dans l’incapacité des forces armées à faire face à la situation au nord  du pays en 2012, il y a un aspect sur lequel les politiques et les observateurs refusent de mettre l’accent. Il s’agit de la désertion des combattants rebelles intégrés dont une frange importante avait trahi le drapeau national pour rejoindre le camp ennemi. Pis, certains n’avaient pas hésité à tirer sur leurs compagnons d’armes, souvent de la manière la plus atroce et lâche. Le commandant de la fameuse Unité Spéciale chargée de la sécurisation de Kidal et ses hommes, majoritairement des combattants touaregs, ont déserté avec armes et bagages en prenant le chemin des montagnes. Que pouvait-on attendre d’une unité combattante quand les 2/3 désertent en plein combat ? Au-delà du manque d’équipements dont les Fama souffraient depuis plusieurs années, aucune armée au monde, si puissante soit-elle, ne peut résister à une situation similaire à celle subie par les Fama en 2012.

Pour une stabilité durable, les décideurs politiques doivent tirer les leçons de certaines pratiques sous les régimes d’Alpha Oumar Konaré et ATT qui ont cédé au chantage des ex-rebelles. Il ne faut pas commettre l’erreur de laisser les combattants intégrés constituer l’ossature de notre armée au nord. Sinon, ils retourneront certainement  un jour leurs armes achetées aux frais du contribuable malien contre le peuple et leurs frères d’armes. Les éléments intégrés doivent être dispersés à travers le pays.

Par Chiaka Doumbia

 

Source: Le Challenger

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