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Tueries au centre du Mali : Le gouvernement s’explique devant les députés

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Depuis quelques années, le centre du Mali fait l’objet d’attaques terroristes et de conflits intercommunautaires instrumentalisés. Pour preuve, le 1er janvier 2019, une attaque a été menée par des « hommes armés habillés en tenue de chasseurs traditionnels dozos » dans le village Peulh de Koulogon, commune de Kolongon Habé, dans le cercle de Bankass, région de Mopti. Cette attaque a fait 37 morts. Furieuse de ce massacre, l’Assemblée nationale du Mali a interpellé, hier, lundi 7 janvier 2019, le gouvernement malien à l’hémicycle pour qu’il s’explique par rapport à cette situation d’insécurité au centre du Mali qui n’a que trop duré. Les honorables députés ont voulu savoir les causes réelles de cette tuerie et les stratégies mises en place par le gouvernement pour endiguer le fléau.

Les travaux de cette séance d’interpellation étaient présidés par le président de l’Assemblée nationale, l’honorable Issaka Sidibé, en présence du premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, des autres membres du gouvernement et de nombreuses autres personnalités. Le ton des allocutions fut donné par l’honorable Belco Samassekou du groupe parlement RPM (Rassemblement pour le Mali) qui a fait savoir que le centre du Mali traverse une terreur occasionnant des morts et des blessés. Quant à Belco Bah du groupe parlementaire APM (Alliance pour le Mali), il a précisé que l’épuration ethnique en cours est bien planifiée. « Il faut qu’on arrête de stigmatiser les peulhs. Malgré les différentes missions effectuées par le premier ministre et d’autres cadres au centre du Mali, le résultat reste mitigé. Il n’y a pas de conflit intercommunautaire peulh-Dogon mais d’attaques effectuées par des bandits », a-t-il dit. Avant de dénoncer les actes posés par la milice « Dan Amassagou ». « Pourquoi l’Etat a peur de Dan Amassagou qui est composée d’anciens militaires radiés pour indiscipline?…Dan Amassagou aurait dit que si on les désarmait, ils vont dire les commanditaires», a-t-il dit. A cet effet, Belco Bah a invité le gouvernement malien à s’impliquer véritablement pour la fin des massacres au centre du Mali. Pour sa part, l’honorable Amadou Cissé du groupe parlementaire VRD (Vigilance Républicaine Démocratique), a souligné que le centre du Mali vit un cauchemar sans précédent. Avant d’ajouter que les FAMas déplorent en longueur de journées des tuées et blessés par des mines ou au cours d’embuscades des terroristes. Selon lui, ce cauchemar a conduit certains agents des forces de défense et de sécurité à se donner à des arrestations arbitraires de Peulhs au nom de la lutte contre le terrorisme et le djihadisme, des détentions illégales, des tortures, des exécutions sommaires. Ces amalgames, dit-il, ont conduit  à assimiler l’ethnie, peulhs au djihadisme. Par ailleurs, il a déploré le fait que des hommes en tenue dozos tuent et massacrent des Peulhs  comme des lapins. « J’appelle ça une épuration de l’ethnie Peulh car on tue sans discernement des personnes âgées, des femmes enceintes, des enfants. Il est grand temps Monsieur le Premier ministre de désarmer tous les porteurs d’armes dans la zone pour mettre fin à ces tueries», a-t-il souhaité. L’honorable Amadou Maïga du même groupe a dénoncé l’enlèvement du journaliste Issiaka Tamboura au centre du Mali. Avant de demander au premier ministre d’expliquer la stratégie mise en place par le gouvernement pour réduire l’insécurité au centre du Mali.

Aveu d’impuissance des autorités ?

Après avoir mis l’accent sur les cas de tueries au centre du pays, l’honorable Bréhima Béridogo a posé un certain nombre de questions au premier ministre. « Quelles sont les causes de cette recrudescence de l’insécurité et surtout des violences intercommunautaires et interethniques ? Quelles sont les solutions et moyens préconisés par le Gouvernement pour venir à bout de cette insécurité ? Quel est le sens de la déclaration de l’armée qui n’est pas pour rassurer les citoyens? N’est-ce pas un aveu d’impuissance ? N’est-ce pas l’expression de l’échec des politiques mises en œuvre? Que faites-vous pour dissoudre les milices dont les populations civiles se plaignent ? Quelles sont les mesures préconisées pour lutter contre d’une part les terroristes et d’autre part les milices qui se livrent à des exactions contre les populations ? Les forces armées et de sécurité disposent-elles suffisamment de moyens en ressources humaines et matérielles pour faire face efficacement à la menace ? Qu’est ce qui explique alors leur manque de réaction appropriée contre les attaques dont les populations sont victimes? La paix ne serait-elle pas moins coûteuse en vie humaine et en matériel en instaurant le dialogue avec Aneçardine de lad Ag Ghali et la Katiba de feu Amadou Kouffa ? Enfin, concrètement, quelles sont les stratégies, y compris les mesures prises pour arrêter les tueries liées aux conflits intercommunautaires et interethniques ainsi que celles venant des djihadistes ? » S’interroge le député du Parena élu à Kadiolo. Aux dires l’honorable Issa Togo du groupe parlementaire Adema Pasj, le problème du centre du Mali est plus sérieux qu’on le pense. Et d’ajouter que beaucoup de localité sont effacées de la carte du Mali (plus de 20 hameaux). Le député non inscrit, Adama Kané a saisi l’occasion pour régler ses comptes avec le premier ministre Soumeylou B Maïga. Selon lui, en 2014 lors de la mission gouvernementale au nord du Mali, Soumeylou B Maïga, ministre de la défense et des anciens combattants d’alors, ne devrait pas regagner Bamako quand bien même il avait un malaise. Avec cet acte, dit-il, il ne faut pas s’attendre à un changement. Répondant aux questions des députés, le premier ministre, Soumeylou B Maïga a fait savoir que dans la sous-région, il y a eu 577 cas de violences intercommunautaires sur lesquelles, le Mali a enregistré 52 cas de violences. A l’en croire, les groupes terroristes ont œuvré à créer un vide administratif en s’attaquant aux symboles de l’Etat. A ses dires, les engins explosifs ont causé une cinquantaine de morts et une centaine de blessés en 2018. A cet effet, il a invité les uns et les autres à éviter le « piège communautaire » qui annihile tout effort de cohésion nationale. « Les stratégies mises en place par le gouvernement sont la réoccupation de l’espace. Nous avons déployé en 2018, 13 000 hommes dont la moitié au centre, ce qui a réduit l’insécurité par rapport aux autres années », a-t-il dit. Selon lui, l’action militaire est primordiale. Il a mis l’accent sur le DDR (Désarmement-Démobilisation-Réinsertion) au centre et la mesure d’interdiction de circulation des engins à deux roues dans certaines localités du centre. A l’en croire, cette mesure sera évaluée sous peu. « Nous allons faire en sorte que le dialogue intercommunautaire s’instaure », a déclaré Boubèye. Il a souhaité un consensus national afin de faire face aux attaques perpétrées par les groupes terroristes. Le premier ministre a promis d’apporter une réponse multidimensionnelle à ces attaques. A ses dires, les actions militaires trouveront des limites s’il n’y a pas de consensus national et de développement. «Nous allons continuer à renforcer notre présence militaire, la présence administrative de l’Etat (la justice). Nous allons continuer l’opération de désarmement… », a-t-il martelé.

«Le terrorisme tire sa source dans la déliquescence de l’Etat »

N’ayant pas été satisfait des réponses données par le premier ministre, l’honorable Bréhima Béridogo du groupe VRD revient encore à la charge. Parmi les acteurs de la violence, dit-il, il y a le djihadisme, les trafiquants de drogue, le banditisme classique. Avant de dénoncer la mal gouvernance au Mali qui selon lui, est la cause de ces attaques. Il persiste et signe en disant que le terrorisme tire sa source dans la déliquescence de l’Etat. « La deuxième cause est la démission de l’Etat. Des cercles sont abandonnés par l’Etat », a-t-il dit. Il a déploré l’absence de l’Etat dans plusieurs villages du centre. Comme solution, l’honorable Béridogo a invité l’Etat à jouer son rôle avec impartialité. En outre, il a souhaité le renforcement des capacités des FAMAs, le désarmement des milices, le développement et le dialogue inclusif. « La pauvreté est le terreau des djihadistes», a-t-il conclu. Le président du groupe VRD, Mody N’Diaye abondera dans le même sens en disant que les actions évoquées par le premier ministre ne sont pas suffisantes. « Quelles sont les dispositions prises par le gouvernement pour circonscrire cette crise. L’heure est très grave… Monsieur le premier ministre, ce que vous venez nous dire ne nous rassure guère », a-t-il dit. Pour son deuxième passage, le premier ministre a indiqué que l’objectif des terroristes, c’est de détruire Etat-Nation. « La priorité pour nous de protéger les citoyens, c’est d’engager une lutte contre les terroristes », a-t-il dit. A l’en croire, 25% du budget d’Etat sont consacrés au renforcement des capacités des FAMAs. « Grâce à cela, nous avons pu affaiblir les groupes terroristes », a-t-il dit. Dans cette situation d’insécurité au centre du pays, le PM dira que le gouvernement n’est responsable de rien. A ses dires, le gouvernement a élaboré un programme de sécurité au centre du Mali avec l’installation des postes de sécurités dans plusieurs localités. « La seule arme efficace contre l’insécurité, c’est de travailler à créer un consensus national, à créer la paix», a conclu le PM.

Aguibou Sogodogo

Source: Le Républicain

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